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2009 06 improjazz

Improjazz 156

Juin 2009

Le Havre quatrième festival Piednu

Samedi 4 avril

Dès mon retour, le samedi 4 et dernier jour de festival, je trouvai les lieux entièrement transformés, tentures noires descendues et murs rendus à leur blancheur initiale. Le bel espace vide constituant la plus grande alvéole était jonché de ce qui me sembla un kilomètre de tuyaux de caoutchouc reliés à divers systèmes intrigants trompes de carton pouvant atteindre vingt mètres de long, tubes suspendus au pont d’éclairages, hélices groupées en un coin de la pièce, appareils en tout genre courant du sol au plafond ... Bref ! Tout un bric-à-brac aux allures plastique, relié à une dizaine de robinets rejoignant eux-mêmes un compresseur d’air. Le responsable de ce capharnaüm, qui n’était autre que le tromboniste Thierry Madiot, avait passé la journée à installer cette structure hétéroclite en vue de la performance du soir basée sur le souffle et, très honnêtement, chacun se demandait un peu ce qui allait bien pouvoir se passer. L’heure venue, après la projection de deux vidéos de Christophe Guérin, dont une assez désopilante relecture du "Rebecca" d’Alfred Hitchcock, le public se déplaça vers la grande salle où Thierry venait d’entamer cette nouvelle phase de son actuelle expérience. Rien de semblable n’a, je pense, été encore tenté. Le travail du tromboniste (ou devrais-je dire le jeu, tant il semble s’amuser ?) ressemble à une extension de sa pratique instrumentale ou, tout du moins, à une étude expérimentale de l’air en tant qu’origine sonore. En lieu et place du souffle, il ouvre tel ou tel robinet qui met aussitôt en action telle ou telle partie de l’installation et le son évolue ainsi dans l’espace, autour, au-dessus, à côté des spectateurs, résonnant de graves obscures ou frémissant au contraire de friselis délicats. Sorcier omnipotent et sourcier du vent, l’artiste pare au plus pressé, colmatant une fuite, replaçant une embouchure, lançant une hélice, ouvrant ou refermant un robinet ou l’autre avant que le caprice de telle ou telle structure ne l’appelle à nouveau. Et il le fait avec un plaisir si visible que de toutes les sensations vécues c’est encore le rire qui finit par triompher. Plus rock’n’roll que chercheur dans son attitude comme dans ses propos, Thierry Madiot dégage une énergie qui attire le regard au détriment, parfois, de l’écoute. Mais qu’importe ? En cette première partie de soirée, le spectacle était total.

Joël Pagier