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RekMazLadZep

Daunik LAZRO Thierry MADIOT Dominique REPECAUD Camel ZEKRI

un magnifique quartet avec 3 formidables acteurs et amis de l’improvisation en France

a wonderfull quartett with 3 unbeleavable actors and friends of the french improvise musical scene

► REKMAZLADZEP ◙ Vand’œuvre 0631 Dist. Improjazz

JAZZ MAGAZINE 573

Septembre 2006

Disque d’émoi

Un hommage à la chanteuse Annick Nozati, disparue prématurément. De la musique urbaine à l’état pur, loin des épanchements bucoliques d’improbables fantasmes écologiques. Parfois furieusement tourbillonnante et tourmentée, en éruption vive (Sang limite, Brûlure sourde), mais le plus souvent d’une menaçante sérénité, pleine d’une fausse torpeur où l’on voit percer de troublantes fleurs sauvages ( Le rêveur s’envole, Spectral). Daunik Lazro, Thierry Madiot, Dominique Répécaud et Camel Zekri se croisent et se rencontrent depuis des décennies sur les chemins de traverses de l’impro la plus vive. Impliqués par ailleurs dans diverses aventures musicales (free jazz, invention d’instrument, free rock, musiques du monde...), ils font ici un bout de route en commun par une nuit sans lune et inventent de nouveaux horizons rouges et noirs en terre inconnue, tout en prenant soin de laisser sur les bas cotés de microscopiques détritus.

Gérard Rouy

THE WIRE Juillet 2006

A unique soundworld, comprised of baritone saxophone, bass trombone, acoustic and electro acoustic guitar. Readman Daunik Lazro is the best known member of the group but it’s brass player Thierry Madiot and the two guitarists Dominique Répécaud and Camel Zekri who give the ensemble restless, shifting intensity. “Brûlure sourde” and “Sideral” are long absorbing ideas with skittey guitar sounds picked out over drones. The shorter pieces have a higher energy level but less obvious content, depending more on texture than line. A brillantly conceived set that holds the attention from start to finish.

Brian Morton

LE MONDE 3 octobre 2006

Improvisation pure et invention sans complexe. Daunik Lazro (saxophone), Thierry Madiot (trombone), Dominique Répécaud et Camel Zekri (guitares) évoquent la formidable chanteuse Annick Nozati (1945-2000). Ils n’ont guère à s’embarrasser des lois du marché. Ils ont leurs auditoires, leur projet, leur insistance. Lazro et ses héros ne changent pas d’un iota depuis des années. C’est éruptif ou faussement calme ; perçant ou troublant ; décalé, bouleversant, en parfaite harmonie avec la générosité perdue, brûlée, magnifique, de Nozati. On dirait l’eau qui dort.

Francis Marmande

HTTP ://WWW.ALLABOUTJAZZ.COM/php/article.php ?id=23273 Octobre 2006

This French avant-garde quartet presents an album title that is a play on the musicians’ names, while signifying the understated complexities of group-based interplay. With its asymmetrical structures, angst and minimalism, the music is quite didactic, especially from a free-form improvisational stance. Slow burningly climactic, it’s partly about grunge style distortion-based guitars, layered horns and jagged dialogues. Overall, the artists pursue an evolutionary and unhurried discourse, spanning various cycles in parallel fashion. The coarse tone of the proceedings present a few challenges to the discerning ear, but the free-floating nature of the program reveals hidden surprises upon repeated listens.

Glenn Astarita

VIENT DE PARAÎTRE N° 26

Septembre 2006

LE BULLETIN DES NOUVEAUTÉS Ministère des Affaires étrangères

Il est rare, exceptionnel même,que l’intitulé d’un disque reflète à ce point son contenu sonore. Ici un mystérieux et complexe cocktail de lettres et syllabes extraites des noms et prénoms des quatre instrumentistes produit une manière d’anagramme qui suffirait à décrire les jeux, tuilages, collisions, échanges, fusions et mélanges de timbres et sonorités constituant l’œuvre en ses diverses phases. Comme si avaient été enregistrés les mouvements successifs – d’un sommeil menaçant aux paroxysmes de l’agressivité – d’un monstre aux allures d’amibe tétraphone constitué par le saxophone baryton de Daunik Lazro, le trombone basse et les trompes de Thierry Madiot et les guitares de Camel Zekri et Dominique Répécaud, tous passionnants et passionnés défricheurs des régions les plus sauvages et aléatoires de la musique improvisée. Au programme, sept points de départ thématiques aux titres aussi évidents et ouverts que Le rêveur s’envole, Brûlure sourde, Spectral et Sidéral, soit sept séquences d’une possible bande-son pour quelque film imaginaire suivant, autre possible métaphore, l’évolution d’un site volcanique : successivement prélude de frémissements de plus en plus inquiétants et contrastés, puis secousses sismiques, explosions et éruption, jusqu’aux déversements d’une lave bouillonnante et imprévisible… Fascinant et peu rassurant.

Philippe Carles

IMPROJAZZ Mai 2006

Des fronts de nuages, bourdonnants et lourds, bourgeonnants, une promesse davantage qu’une menace crépusculaire ; le groupe Rekmazladzep, créé à l’automne 2000 en hommage à la chanteuse Annick Nozati, redouble son effectif (la comparaison avec le groupe Doppelmoppel où les frères Bauer côtoient les guitares de Kropinski et Sachse est pourtant tout à fait inutile) pour une plus grande dépense, une étreinte lente, un faisceau de larges traits charbonneux. Dans cet enregistrement de l’été 2005, Daunik Lazro (bs), Thierry Madiot (btb, trompes), Dominique Répécaud (elg) et Camel Zekri (elacg), qui se sont fréquentés dans toutes sortes de formations (quatuor de guitares Misère & Cordes, Le Cercle, diverses combinaisons de duos, quartet de Ramon Lopez, Soixante Etages, etc.), s’avancent avec une sereine puissance, en un énorme Boeing au ralenti, quelques lumières clignotant au bout des ailes, large étrave écartant la nuit. L’instrumentarium a de quoi impressionner, voire effrayer, et pourtant point de démonstrations musculeuses ici, plutôt une sorte d’intense recueillement, complexe dans ses architectures mais évident, là, en sept moments – où la combustion du kérosène connaît toutes ses phases – comme autant de sillages laissés béants dans l’air, remous brasseurs de fréquences, dans l’obscurité.

Guillaume Tarche

IMPROJAZZ N° 130 Novembre-Décembre 2006

Anagramme des noms et prénoms de chaque musicien, Rekmazladzep, formule magique trouvée par Daunik Lazro, est un subtil mélange de sons acoustiques - les vents - et électriques. Cette formation a été créée à l’automne 2.000 en hommage à Annick Nozati qui venait de décéder, mais ce disque a été enregistré l’an passé. La musique n’hésite pas à se revendiquer d’une certaine proie Musik à l’allemande, par instants le jeu des guitaristes faisant penser à ceux de Doppelmoppel, Uwe Kropinski et Helmut "Joe" Sachse, l’un 100% électrique, l’autre - Zekri - alternant les passages de guitare sèche et amplifiée. Le parti pris de Lazro de ne jouer que du sax baryton semble relever de la même démarche, rendre plus consistante la masse sonore et par là même faire que la musique rendue soit plus violente. C’est le cas zum beispiel sur Érectile, où après un chorus rentre-dedans du baryton, Dom Répécaud lacère la "mélodie", ou plutôt son ombre. A part de brefs moments, l’ensemble de ce qui nous est donné à entendre est extrêmement tonique, voir free­rock, Sang limite en étant la meilleure illustration. C’est mon morceau préféré. Spectral, la pièce suivante, sous un aspect plus audible pour de "chastes oreilles" est un succédané électro-bruitiste éminemment bien enlevé. Dans la plus longue pièce, Sidéral, après une intro aux trompes basses et sax baryton, le halo sonique des électricités vient ajouter une touche pimentant encore plus, excitant les neurones déjà bien chargés. Ce disque ne s’adresse pas seulement aux nostalgiques de la Freie d’il y a trente-cinq ans. Il est pour tous ceux qui en ont marre de n’entendre que du vent dans les vents, les révoltés à perpétuité, ceux qui ont envie de tout virer. Mais également les refuzniks de tous les compromis. Tectonique et détonnant, une réussite monumentale.

Serge PERROT

REVUE & CORRIGÉE Juin 2006

Rekmazladzep ou la récompense

Pour l’honnête homme, fut-il le néophyte que nous sommes, ce premier disque d’une assourdissante limpidité est tout simplement réconciliant : au nom du " groupe ", véritable déclaration d’intention musicale,correspond, par de profondes et pénétrantes équivalences, une réalisation à ce point fidèle à l’énoncé qu’un sentiment de profonde gratitude saisit l’auditeur. Dès la première écoute, il fait l’objet d’une attention respectueuse, presque amoureuse. Mais décryptons les signes de cette pierre de Rosette : Rekmazladzep. Le Rek initial c’est évidemment Recalcifier, replâtrer au calcium une ossature anémique. La musique ainsi conçue est une forme d’activisme roboratif, une intrusion dans le corps social avec la volonté de faire bouger les choses. Mais la conscience politique de ce " groupe " n’est pas naïve. Pourquoi Rek en effet, et pas Rec, ou même ReCa, avec le Ca de calcium qui semble s’imposer ? Et bien Rek pour potassium, avec le K de potassium, métal mou oxydable, réactif et en fusion à 336,80 ° Kelvin. Le potassium dont les sels constituent un élément essentiel à la vie des plantes. Le premier indice est explicite. Puis vient Maz, pour Mazda, la pile Mazda qui, non sans fascination nippone, mène subtilement à Wonder. Célèbre pour le " ne s’use que si l’on s’en sert ", la pile Wonder évoque le célèbre " je ne mettrai plus les pieds dans cette taule ! " du documentaire Reprise. La taule, ici s’entend, c’est le rock, le jazz, toutes les musiques " post " et sans doute aussi tous les " ismes ". Ce disque ne met donc plus les pieds nulle part. Mais comme on sait, le modèle salin de la pile Wonder, usine fondée aux puces de Saint-Ouen en 1916 par Estelle Courtecuisse sur le modèle de l’ingénieur Leclanché, est aujourd’hui supplanté par le modèle alcalin dont l’électrolyte est imbibé d’oxyde de potassium (KOH) ! La cohérence conceptuelle est vertigineuse ! Ensuite Lad. Lad pour lad, le jeune garçon d’écurie qui présente aux parieurs les chevaux avant la course. Cela ne veut rien dire. Un petit tour pour rien, le " groupe " a de l’humour !Enfin vient Zep, le Zep de Zeppelin. Le Zeppelin, aéronef à carcasse métallique, fut une redoutable machine de guerre dont on ne peut pourtant oublier l’inertie à la manouvre, ni le fait que lorsqu’il explose, il s’écrase ! Mais le " groupe " ici, s’il ne s’écrase, explose ! Et pour cause ! Rétifs à l’eau comme il se doit, ses membres, plutôt que de la boire, la mélangent au potassium (K). La réaction est foudroyante, explosive, et produit : de l’hydrogène ! Dont se gonfle le Zeppelin et lui permet de voler ! La boucle est ainsi bouclée : le ballon gonflé fend l’azur, et notre cour. Car ce niveau d’engagement transmute toute admiration en amour pur.

Jules Henri de Lencornée

Ps : une correspondance électronique avec l’un des instigateurs de ce "groupe " nous laisse néanmoins perplexe : Rekmazladzep serait du "verlan " et signifierait : Pezdalzamker.

Les indications, que nous publions par honnêteté intellectuelle, sont sujettes à interrogation : Pez = pesage (on retrouve le lad au paddock avant la course) Dal = dalmatien (pelage blanc à tâches noires) Zam = zamizdat (écrit à la main sur du papier pelure - ???-) Ker = kératotomie (section de la cornée dans l’opération de la cataracte). Une façon d’inciter à ouvrir les yeux ?, les oreilles ?...

JAZZ RECORD REVIEWS Septembre 06

REKMAZLADZEP

Dedicated to you Annick but you weren’t listening

Demanding an overused cliché, the unwleldy-named REKMAZLADZEP is a super group consisting of four of France’s most accomplished improvisers. Modesty would no double cause the quartet members to reject the accolade, but it’s their years of improv exploration together and in other aggregations that makes this CD so notable . At the same time this is creativity mixed with solemnity, since the four organized as a group six years ago to honor the memory of French improvising vocalist Annick Nozati (1945-2000), with whom each had played at one point or another. The title is an ironic, and non-sappy, reference to her absence from the scene. Not that this live session is any way program music. There is no vocalist present, all the sounds are improvised and the seven tracks advanced by the unusual instrumentation – trombone, saxophone and two electric guitars – precludes sentimentality with multi-layered instrumental bravura. Almost textbook Free improv in its evolution the Annick suite involves, passages of extreme loudness, usually promulgated by the flanged, phasers and amp distortions of guitarists Dominique Répécaud and Camel Zekri, Minimalist passages and pauses predominate as well, with saxophonist Daunik Lazro and Thierry Madiot or, bass trombone and (briefly) French horn expending grunting tremolo split tones and moistened spectrofluctuation. At the same time, Lazro, who had recorded with everyone from American Joe McPhee to fellow Gallic reedist Doneda doesn’t confine his timbres to the big saxophone’s basement register. On "Sans aile" for instance, his false register obbligatos and altissimo shrieks easily match and enlarge the slurred fingering and distorted phrase-shifting from the guitarists. Both plectrumists also seem intent or exposing their inner Jimi Hendrix’s in a 1960s-style rave up. Then again, the two know how to leave space since together theymake up one-half of the all guitar band Misere et Cordes. Standing apart from this protoplasmic mass of oscillating pitches is Madiot whose languid horn offers mellow contrapuntal grace notes with a plunger mute emphasis. Reflective and multiphonic, thre trombonist’s tone hints at s playing experience with larger formations led by the likes of percussionist Jean-Pierre Jullian and guitarist Marc Ducret. Blending the projections or distorted fuzztones and heavely rhythmic rasgueado from the guitarists, neighing ostinato and flutter-tongued brays from the trombonist, and the saxophonist’s shifting reed slurs plus extended Snarls characterizes the climatic final track. Clocking in at more-than- 16-minutes, « Sidéral » combines conclusive shards of the previous expositions. Here Madiots didjeridoo-like horn echoes and Lazro’s mellow tremolo tongue flutters join in a broken octaves to aurally break through the ectoplasmic shifting and reverb buzz from the droning guitarists’ slides, smears and crunches. After palm taps and finger-style fills expose moments of silence among the continuous almost bone-shaking resonation, the piece subsides into stops, flutters and fills. What better definition could there be of interactive, four-person improvisation. French variety ?

Ken Waxmann

Octopus Mouvement 21 février 2007

A l’heure où France Musique décide de supprimer A l’Improviste l’une de ses émissions les plus aventureuses (voir par ailleurs) retour sur un disque paru il y a plusieurs mois qui exalte toutes les vertus de l’improvisation : celui de Rekmazladzep, quatuor figuré par quatre figures phares de la scène improvisée Daunik Lazro (saxophone baryton), Thierry Madiot (trombone basse et trompe), Kamel Zekri (guitare électroacoustique), Dominique Répécaud (guitare électrique).

Atmosphère électrisée, tour à tour douce et empreinte d’une folie à bâtons rompus, pour ce quartet dont l’instrumentation peu commune et l’expérience de chacun (free, contemporain, « tradition » du continent Afrique, et « punk-rock underground ») ajoute au caractère mystérieux des improvisations jouées. Elles sont profondes, étonnantes, foisonnantes et pour le moins perturbantes. De ces perturbations qui remettent en cause les « ordres » établis. Les fréquences basses générées par un saxophone et un trombone aux bouillonnements parfois presque subaquatiques, alliées aux poussières d’étoiles médiums-aiguës des guitares électroacoustique et électrique forment des entrelacs de sinuosités labyrinthiques. Méandres de la pensée et du rêve, ombilics de limbes aux résonances feutrées parfois inquiétantes. Proximités et éloignements, circulation extraordinairement fluide, arrêts, silences, temps de méditation, superpositions des plans sonores et leurs renversements font la richesse de ces sept morceaux. L’obscurité est liée à la réverbération, les infra-basses et les rythmiques structurent les improvisations. Les univers évoqués sont parfois industriels, par l’habile maniement du larsen, les crissements des « jacks », les effets de saturations et de suraigus. Vibrations, battements insoupçonnés de l’air… Ce qui coule dans nos veines de force, de révolte et d’extrême dans l’action… Les instruments de chaque musicien se détachent parfois de l’ensemble pour une construction en un croisement d’univers prolixe. Ils nous entraînent à la découverte de rhizomes souterrains issus du songe, du souvenir et de la mémoire, en route vers un ailleurs imagé. Le son développé ici est plein et entier, riche de lectures à croisements multiples et de profondeurs de champs/chants mises en abîme à l’infini. Le voyage proposé traverse les ondulations d’un tumulte compact et excentrique, implosions et explosions maîtrisées, matières brutes, poreuses et lumineuses telles les éclairs d’une lame de poignard étincelant dans la nuit… Fragilité du monde, cosmogonie céleste et force des associations humaines… Ce disque résulte d’un enregistrement en concert : imaginer donc l’enveloppement par ces vibrations en temps et en espace réel… Le quartet se joue de ses auditeurs, s’amusant à les désorienter, les perdre définitivement pour les remettre, finalement, sur le chemin de sa pensée créative. Glissements de terrains inexorables, jeux de structure et de forme. Les quatre musiciens, amis et complices de longue date, offrent cette musique à leur amie disparue il y a maintenant six ans, l’actrice-chanteuse et peintre Annick Nozati (1), ange charnel aux ailes brûlées de désir. Ils ont choisi l’une de ses peintures pour constituer la pochette du disque. Pochette sombre, à l’égal du caractère enfoui et nocturne de ces pièces aux titres poétiques : Le Rêveur s’envole, Brûlure sourde, Erectile, Sans aile, Sang limite, Spectral, et Sidéral. Intitulés évocateurs d’ailleurs, de douleur, d’amputation, et de difficulté à être, mais aussi de possibles, d’élévation, d’espoir, de tendresse et de liberté. De grande et intense liberté… « Le rêveur s’envole. » (Annick Nozati)

Catherine Heyden

1.Annick Nozati avait notamment participé aux aventures de l’Atem de Georges Aperghis et des Structures sonores Baschet dans les années 1970, avant de se consacrer plus spécifiquement à l’improvisation à partir des années 1980 (aux côtés, entre autres, de Joëlle Léandre, Daunik Lazro, Barre Phillips, Gérard Marais, Fred Van Hove, Johannes Bauer, Irène Schweizer, Maggie Nicols…), utilisant parfois encore la tôle Baschet en résonance avec sa voix.

SEFRONIA WEB

"Rekmazladzep" atteint un rare degré d’équilibre : empli de subtils entremêlements (attaques agressives et fulgurances mélodiques), les instrumentistes nous donnent à entendre une harmonie pleine de torpeur. Cette dualité entre douceur et rugosité crée une beauté brute, les distorsions saccadées faisant place à une calme lenteur, on entendrait la mer. Nous nous laissons balancer, vrombissements, crissements, gros son, free son, flux, reflux, aspirant, expirant, élévation, libération. La densité des morceaux va souvent crescendo, aux confins du mur du son, tel un gros buzz sinusoïdal. Il faut affronter une énergie mat, électrique, enragée. Les musiciens impressionnent par leur maîtrise de l’encombrement sonore. Plongés dans le ventre de la terre, nous écoutons une certaine violence, toujours contenue, qui peut s’éteindre telle une bête étouffée. "Rekmazladzep" mérite de multiples écoutes actives tant le travail d’extirpation des sons prend admirablement le pas sur leur propagation purement agressive. Les compositions sont très imagées avec notamment des correspondances entre l’humeur des morceaux et les titres choisis. Plusieurs niveaux de rythmes et d’harmonies se superposent, les grands écarts grave/aigus et les dissonances mélodieuses se superposent : hululements et derniers souffles font bon ménage, l’ensemble est très cohérent, et il s’en dégage de vraies pépites musicales. Nous faisons face à une force qui nous dépasse sans doute. Mieux vaut se faire petit, écouter, écarquiller, intimidé. L’album nous réserve même un atterrissage jusqu’au-boutiste de plus d’un quart d’heure des plus crissant et venteux. Ces musiciens-là, Daunik Lazro, Thierry Madiot, Dominique Répécaud et Camel Zekri ont un son bien à eux, il est très total.

Hugo Catherine © Sefronia 06-05-2008

Voir en ligne : revue de presse CD rekmazladzep label vand’oeuvre