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Bibliothèque(s)

Un article paru en décembre 2009 dans la revue N°47/48 de l’association des bibliothécaires de France d’après un entretien réalisé par Jean-Pierre Bruey à la suite d’une performance à la médiathèque de Conflans Sainte Honorine avec Alfred Spirli et Li-Ping Ting.

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Et un texte personnel pour l’occasion :

L’INTIME SONORE ET LA DISCOTHÈQUE

Étonnamment, une discothèque de prêt est aussi calme qu’une bibliothèque voire plus. En effet, la musique généralement diffusée est assez tranquille, mais aussi suffisamment douce et puissante pour absorber les sons de la présence d’autrui comme une légère ouate isolant les êtres. On y croise peu d’enfants ou de groupes et l’auditeur y vient rechercher ce qui fera son écoute intime des semaines à venir, des découvertes qui nourriront son esprit.

Au contraire du concert, versant extraverti de la musique, moyen de rencontre et de partage collectif, la discothèque offre une manière d’entrer dans le coquillage : celui où l’on perçoit le son de la mer tout au creux de l’oreille. Elle nous amène à vouloir que le son nous pénètre par les conduits auditifs mais sans la présence inopportune de l’autre, des autres.

Malgré l’évidence de la proposition, l’intervention du musicien en direct, non organisée comme un showcase, bouleverse ces schémas, comme une sorte de présence indécente, en chair et en os, qui pourrait vous toucher sans pouvoir recourir au bouton « stop », dont les ondes émises dans le même espace, sans césure, seraient quasi pornographiques.

Le musicien en sentant inconsciemment l’enjeu se doit d’éviter en ce contexte l’aspect vulgaire que prend son intervention. Pas de début, pas de fin de morceau. Un continuum qui serait déjà présent comme la rumeur du monde et n’appellerait pas à la reconnaissance par des applaudissements. Ne pas projeter le son – à la face – mais le diffuser par les réverbérations architecturales. Il peut déambuler comme tout autre visiteur ou quasiment disparaître physiquement pour s’immerger dans sa bulle, ainsi que le font les autres visiteurs-emprunteurs. Il doit essayer de proposer des sons qui ne feraient pas obstacle à ceux qui sont recherchés et fantasmés par l’usager. Des sons qui exciteraient plutôt, par leurs résonances mentales, l’acuité auditive aux musiques empaquetées à écouter prochainement, en soi, chez soi.

Thierry MADIOT 2009